Association des Dames de la Charité
Aider les plus démunis

Secourir sans aucune discrimination les plus démunies, c'est la dure mission à laquelle se sont attelées de concert l'Association des Dames de la Charité (fondée en 1856) et les Filles de la Charité, depuis Achrafié.

Mardi matin, dix heures. Un brouhaha général s'élève dans la salle de réunion du centre social des Filles de la Charité, située à proximité de la place Sassine, à Achrafié. Une vingtaine de membres sont là pour discuter de l'avancement de leurs projets avec sœur Maggy Harfouche, l'une des Filles de la Charité, et Maya Chami, la présidente de l'association. Toutes ces femmes sont bénévoles, et tentent de porter secours aux familles démunies, aux veuves sans ressources. Quelles que soient leur nationalité et leur religion, toutes les personnes dans le besoin peuvent requérir l'aide des Dames et Filles de la Charité, malgré les maigres finances dont celles-ci disposent.
Dès le début de la réunion, en quelques minutes, les idées fusent, les réactions éclatent, le dynamisme est de rigueur ici. Toujours enthousiaste et volontaire, sœur Maggy lance devant l'assemblée sa nouvelle idée. Pourquoi ne pas aider une famille à acheter un four, qui permettrait de produire des manakish que l'on pourrait vendre dans le quartier? L'idée semble plaire, mais coûte cher. Chacune des dames présentes -toutes des bénévoles- donne son avis, pèse le pour et le contre. Aucune décision ne sera prise aujourd'hui, mais l'idée de sœur Maggy reste dans toutes les têtes, car cela permettrait de faire travailler plusieurs personnes dans le besoin. Quelques minutes plus tard, une autre dame, toute fière, exhibe des chapelets en perles, ainsi qu'un tuyau de narguilé recouvert de perles colorées. Ces objets ont été confectionnés par des détenus condamnés à vie, à la prison de Roumié. «Nous animons des ateliers, au cours desquels les détenus peuvent fabriquer des objets, que nous allons ensuite vendre, pour donner de l'argent à leurs familles», explique-t-elle. Aussitôt, chacune des femmes commence à sortir quelques billets pour acheter un chapelet.

De véritables projets

Plus que de l'assistanat, ce sont de véritables projets qu'essayent de mettre en place les Dames de la Charité, en relation étroite avec les Filles de la Charité. Quand une personne dans le besoin vient frapper à la porte du centre, l'association ne donnera pas d'argent. En revanche, elle proposera des solutions. «Nous accueillons tout le monde, soulignent en chœur sœur Maggy et Maya Chami, et nous pratiquons ici une entraide mutuelle, qui est stimulante pour tout le monde». «Je préfère aider les gens qui travaillent», commente la présidente de l'association depuis six ans, mais qui en est membre depuis 1973. «Connaître l'autre, l'écouter, découvrir ses aspirations, l'aider à se promouvoir en soutenant sa lutte contre sa propre pauvreté», c'est la devise de l'Association des Dames de la Charité, qui demeure la plus ancienne association caritative du Liban. Par exemple, tous les jours, quelques femmes s'affairent dans la grande cuisine du centre de Sassine. De grandes marmites sont sur le feu, et la table est couverte de légumes à éplucher. «Pendant le mois de Ramadan, explique sœur Maggy, nous préparons 650 repas chauds tous les jours pour les étrangers en situation irrégulière détenus au centre de rétention de Beyrouth». L'opération est financée par Caritas Migrants. Des femmes dans le besoin viennent cuisiner pour ce projet, et perçoivent en échange une somme d'argent qui les aidera à faire vivre leur famille. D'autres confectionneront des plats libanais ou des confitures maisons, qui seront ensuite revendues par l'association. Chez les Dames de la Charité, tout fonctionne avec ce système d'entraide, qui permet à chacun de trouver son compte en aidant son prochain.
Dans son bureau, sœur Maggy dispose aussi d'un fichier de personnes cherchant du travail, de l'aide ménagère à la cuisinière, en passant par le jardinier. Régulièrement, des Libanais appellent pour proposer un emploi. «Lorsque la main d'oeuvre étrangère fait défaut, ou quand le personnel de maison rentre au pays pour un mois, il n'est pas rare que l'on nous contacte pour trouver une personne qui assurera l'intérim».
D'ailleurs, dans les différentes antennes de l'association, les salariés qui ont été embauchés sont pour la plupart des personnes en difficulté sociale. A Karm el-Zeitoun, où se trouve le dispensaire, sœur Bernadette, 82 ans, gère la pharmacie avec peu de moyens, et tente d'organiser le centre médical Rose Kettaneh, du nom de l'ancienne présidente de l'association. Celui-ci accueille des personnes défavorisées qui nécessitent des soins, que cela concerne le médical ou les soins dentaires. Et si on lui demande comment elle parvient à acheter les médicaments ­ pour la plupart destinés aux diabétiques, cardiaques, et autres maladies chroniques ­, elle répond que dès qu'elle reçoit un don, qu'il s'agisse de 20 ou de 100 dollars, elle file acheter des médicaments. «Nous avons un gros problème pour nous en procurer», explique sœur Maggy, «car ils sont très chers». Au premier étage du dispensaire se trouve la clinique dentaire, dotée d'un matériel tout relatif, mais qui permet au moins d'assurer des soins basiques. Environ une quinzaine des habitants démunis du quartier bénéficient de ces soins à prix modiques, grâce à la participation d'un dentiste qui casse ses prix. Un peu plus loin, dans une autre ruelle de Karm el-Zeitoun se trouve une autre annexe du centre social des Filles de la Charité. Marcelle, veuve, a été engagée pour s'occuper de ce centre. Elle s'occupe ici des travaux quotidiens, accueille les gens du quartier, fournit les renseignements nécessaires. Mais surtout, elle gère ce que les Filles appellent le «vestiaire». Là, de nombreux vêtements en bon état pour hommes, femmes et enfants sont entreposés, puis vendus à des prix symboliques variant de 1 à 4 dollars. «Nous faisons cela pour préserver la dignité des pauvres, et nous les vendons à des prix très bas, sauf un jour par mois, ou nous organisons une solderie... gratuite», avancent sœur Maggy et Maya Chami. Même chose pour le soutien scolaire, dispensé dans une salle du premier étage. «Pour que les parents soient sensibilisés et responsabilisés, nous leur demandons environ 10000 Livres libanaises par mois pour l'accueil de leurs enfants». Tous les jours, une vingtaine d'enfants âgés de 6 à 11 ans bénéficient ainsi d'une étude surveillée, après l'école, qui leur permettra de faire leurs devoirs, d'emprunter des livres, en toute sérénité. Une personne du quartier, instruite, a été embauchée pour les aider à revoir leurs leçons et à rattraper leur retard.

300 à 400 familles aidées

Aujourd'hui, sœur Maggy et Maya Chami voudraient bien avancer, et monter d'autres projets. Mais rien n'est facile quand les financements se sont de plus en plus rares. «On aide environ 300 à 400 familles avec un budget mensuel de 5 millions de livres libanaises», déclarent-elles. Bref, ce n'est pas évident, d'autant que la classe moyenne disparaît et que la pauvreté grandit dans le pays. Sont-elles optimistes pour l'avenir? «On ne peut pas l'être par les temps qui courent, mais on ne désespère pas». Parmi les projets qu'elles aimeraient mettre en place, celui de l'alphabétisation des mamans de Karm el-Zeitoun, pour qu'elles puissent à leur tour faire travailler leurs enfants.


Pour «un monde meilleur»

Chaque été, près de soixante-dix enfants sont accueillis à la montagne, dans une colonie, pour leur apprendre à «tisser des liens pour un monde meilleur», selon le thème fixé cette année. Pendant 21 jours, des enfants issus de différents niveaux socio-économiques et de plusieurs nationalités (Palestiniens, Irakiens, Libanais, Autrichiens, Syriens, Français et Malaisiens etc.) se retrouvent à Kfarzebian. Des activités et sorties leur sont proposées, permettant aux enfants de se connaître et d'apprendre à vivre ensemble.